• 31 janvier 2012 : la neige est rare cette année, il faut en profiter ! 

    20 ans en 2012 : La Tour du Bost au fil des mois (3)

    Le soleil n'est pas levé depuis très longtemps - la tour émerge au loin, derrière le bois. Le toit d'un des bâtiments de la ferme, tout blanc, la coupe à mi-hauteur. Pas un bruit - sauf, soudain, celui d'un chasse-neige qui passe sur la route verglacée.
     
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  • Secrétaire du Comité départemental de la recherche archéologique, siégeant au Comité régional de la recherche archéologique à Dijon, M. Lagrost s'est tourné à partir de 1998 vers l'histoire médiévale de la région. Fruit de ses recherches, un livre passionnant est sorti en 2011, remettant en cause beaucoup de vérités établies : "Du château ducal de Montcenis à la "seigneurie" du Creusot (XIIe – XVIIIe siècles)" - voir notre article Château de Montcenis : une histoire vivifiée .
     
    Arrêtons-nous un moment sur le parcours atypique de cet autodidacte passionné.

    Louis Lagrost : du Néolithique au Moyen-Age

    À l'origine, c'était bien l'archéologie qui vous intéressait ?
     
    J'étais surtout archéologue, plutôt axé, sur le Néolithique. Cela a commencé en 1953 environ, quand je me suis mis à visiter toutes les grottes de la région avec des copains. Maurice Bonnefoy s'occupait de la grotte d'Azé : c'est lui qui m'a donné le virus à la fois de la spéléologie et de l'archéologie. J'ai trouvé là le goût de la fouille - et le chantier m'a permis de rencontrer des archéologues professionnels. En 1961, pour ma première publication, je suis tombé par hasard sur les menhirs de Couches, les plus beaux de Bourgogne ! Puis les choses se sont enchaînées naturellement, j'ai participé à des fouilles avec des spécialistes et je suis toujours en relation avec eux... J'ai appris à fouiller avec Jean Combier. Étant autodidacte, j'ai toujours cherché à avoir une caution scientifique, il faut être très prudent ! Je me suis toujours fait encadrer.
     
    Pour le menhir de St-Didier sur Arroux, nous sommes restés quatre ans à fouiller, à la petite cuiller, vraiment dans le détail, avec les conclusions qui s'imposent etc. Cela nous a permis de découvrir que les menhirs de Bourgogne étaient gravés – et en plus, de les dater, ce qui n'avait jamais été fait.
     
    Comment en êtes-vous venu à l'histoire médiévale ?
     
    Il y a eu de nombreuses restrictions concernant les fouilles archéologiques, qui m'ont conduit à réorienter mes recherches vers l'histoire locale. Le "virage" s'est fait en 1998 : le comité départemental (et régional) de la recherche archéologique a organisé une exposition faisant le bilan de trente ans d'archéologie dans chaque département bourguignon. Nous avons d'ailleurs édité un ouvrage à cette occasion. Le matériel de cette exposition, après deux ans d'itinérance, était encore en très bon état : j'ai pensé l'utiliser dans une exposition ramassée sur Le Breuil et sa région, en ajoutant le plus possible d'éléments d'histoire locale. J'ai demandé à une collègue, Monique Billard, de regarder à Mâcon dans les archives si par miracle elle ne trouvait pas quelque chose, une charte, quoi que ce soit, tout en lui disant : "Ne te fais pas de souci si tu ne trouves rien : tout a été dit sur le Creusot, on n'en parle plus !"
     
    Et elle vous a fait parvenir plusieurs documents qui mettaient en cause ce qui avait été dit jusqu'alors...
     
    En fait, parmi tous ceux qui avaient parlé du Creusot et de ses environs, aucun n'avait dû mettre les pieds aux Archives !
     
    C'est alors que je me suis mis à la paléographie (la lecture des textes anciens) avec Robert Chevrot. Heureusement, avec les moyens qu'on a aujourd'hui, comme les photos numériques, on peut travailler sur son ordinateur et déchiffrer en prenant son temps !

    Louis Lagrost : du Néolithique au Moyen-Age

     

     

    Finalement, vous avez aussi utilisé pour écrire l'histoire du château de Montcenis les techniques que vous utilisiez pour vos recherches archéologiques...
     
    C'est la même démarche. C'est une autre forme de lecture du document : quand vous fouillez, il faut déchiffrer ce qu'on retrouve dans le sol... On utilise également les photos aériennes. Avant d'avancer quoi que ce soit, je vérifie, je vais au texte, je regarde sur le terrain si ça concorde etc.

     

     

    Quelle place a la Tour du Bost dans votre parcours de scientifique ?
     
    Je me suis intéressé à la Tour du Bost depuis très jeune, vers mes 17–18 ans. À l'époque, il n'y avait que les quatre murs et on prenait tout sur la tête... Je m'y suis intéressé aussi plusieurs fois parce que la voie romaine passe juste à côté. Les lieux d'habitat, de l'époque du néolithique jusqu'à aujourd'hui, pratiquement, restent un peu les mêmes, parce que ce sont des endroits favorables, au niveau climatique et autres. En prospectant, je passais vers la tour ; j'ai d'ailleurs trouvé quelques silex dans ce secteur. Je tournais autour... mais avec des intérêts d'archéologue plus que de médiéviste. Je suivais bien sûr ce qui se passait, par le biais de la Physiophile et de Robert Chevrot, mais je ne suis pas retourné sur le site dans les premières années de sa restauration. J'en avais des échos mensuels... Maintenant, je suis pris au jeu, j'y suis allé plusieurs fois. Et puis, je suis aux aguets de la moindre mention de la Tour du Bost dans les archives, pour l'enregistrer aussitôt. Malheureusement, il n'y a rien, c'en est même bizarre...

     


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  • Vous vous souvenez peut-être que la porte d'entrée de la Tour du Bost n'a en réalité jamais existé dans les temps "historiques" : l'ouverture elle-même a été pratiquée sur le tard, au XVIIIe siècle, lorsque le donjon n'était plus habité et servait de bâtiment de ferme. Pour des raisons de sécurité, il fallait néanmoins fermer le monument : d'où la mise en place, au cours de la restauration, d'une porte à deux battants, que l'on pouvait fermer à clé (avec plusieurs serrures).

    Tour du Bost : une clé dissuasive

    Tour du Bost : une clé dissuasive

     

     

    L'une de ces serrures est particulièrement complexe : la clé qui lui correspond a un axe à section sagittée, si l'on nous passe cette analogie botanique.

     

     

    Tour du Bost : une clé dissuasive

     

     

     

     

    On voit bien cette forme particulière sur l'extérieur de la serrure.

     

     

     

     

    Robert Chevrot, président de l'association "La Tour du Bost" en a fait l'acquisition il y a plusieurs années. "Je l'ai achetée chez un antiquaire réputé de la rue de la Vannerie, à Dijon. Ce monsieur m'a affirmé qu'elle datait de 1680. Sa forme est un peu compliquée - pour marquer les esprits, pour qu'on ne puisse pas entrer..."

    Jugez-en, quasi sur pièce :

    Tour du Bost : une clé dissuasive

    Tour du Bost : une clé dissuasive

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Peut-on rester totalement insensible à ce beau travail, cette recherche dans les détails ?

    Vous pouvez retrouver l'histoire de la porte de la Tour du Bost dans plusieurs articles déjà parus :
    La porte d'entrée : voyage dans le temps (1)
    La porte d'entrée : voyage dans le temps (2)
    La porte d'entrée : voyage dans le temps (3)


     

     


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  • ...ou l'art de sortir des pierres de son chapeau !

    Restaurer avec du vieux...

    Si vous êtes déjà venu à la Tour du Bost, vous avez certainement remarqué les tas de pierres qui attendent d'être utilisées, en bas du monument - ou tout en haut, le long du chemin de ronde. Il ne s'agit plus aujourd'hui de pierres "tombées" du donjon, mais de pierres de récupération, prélevées sur des bâtiments anciens en démolition.

    Ce ne sont pas les vieilles bâtisses qui manquent dans le secteur, ni d'ailleurs les ruines : si certaines sont remises en état par des amoureux des vieilles pierres, beaucoup sont rasées pour faire place à des équipements ou des bâtiments neufs, dans les exploitations agricoles en particulier. C'est là que l'association "La Tour du Bost" intervient : nous proposons nos services pour "démonter" le bâtiment, afin d'en récupérer les éléments qui peuvent nous intéresser...

    Restaurer avec du vieux...

    Ni le givre, ni le froid cuisant de cette journée d'hiver n'empêcheront
    nos vaillants bénévoles de démonter cette toiture...

    Restaurer avec du vieux...

     

    Un échange gagnant-gagnant, chaque partie en tirant avantage : le propriétaire, qui n'a pas à se charger de l'opération ; et l'association, qui récupère ainsi des matières premières qui ne sont plus à acheter : pierres pour les murs, mais aussi linteaux de portes ou de fenêtres et autres pierres taillées, ainsi que bois et tuiles (ces derniers, destinés à la restauration des Chapeys, un hameau de Charmoy). 
     
    Ce déploiement d'huile de coude ne nous empêche pas d'espérer un écho positif à nos appels au mécénat...
     
    Pour en savoir plus sur ce dernier sujet :

    La solitude du chercheur de fonds... (1)

    Financer la restauration


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