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    Bruno Voituret, tupinier * historique

     

    Bruno Voituret vient de Bissy-la-Mâconnaise. Il a exposé cet été, à la Tour du Bost, de magnifiques poteries réalisées en respectant au plus près leurs caractéristiques historiques : l'occasion d'embrasser du regard plusieurs siècles d'évolution des techniques et des modes.

     

    Bruno Voituret, tupinier * historique

     

    Vous êtes potier professionnel ?
     
    C'est mon premier métier. J'ai appris aux Beaux-Arts, en Belgique : quatre ans en section céramique.  J'ai travaillé pendant plusieurs années en tant que professionnel et depuis quelques années, j'ai repris cette activité. On peut dire qu'actuellement, je suis potier agricole, comme l'étaient les potiers médiévaux, c'est-à-dire l'hiver dans les champs (et en l'occurence, à la vigne), et l'été à la poterie.
     
    Vous vous êtes toujours intéressé à l'histoire ?
     
    Toujours, toujours, toujours. J'ai toujours ramassé les silex, ramassé tout ce que je trouvais... J'ai toujours eu un intérêt pour l'histoire, surtout ancienne. Pour moi, le médiéval, c'est presque du moderne, mais bon... (rire) Au départ, je faisais un peu d'archéologie, disons du paléolithique jusqu'à la période celtique. Puis on m'a demandé d'aller au château de Gevrey-Chambertin pour fêter les 1100 ans de Cluny – là, il fallait évidemment faire quelque chose de médiéval. Donc, je me suis plongé dedans ! Et puis, je trouve les ambiances des fêtes médiévales très sympathiques, plus que les foires normales.

    Bruno Voituret, tupinier * historiqueLes pots présentés à la Tour sont faits sur un tour à pied ?
     
    À l'époque, ce devait être sur un tour bâton, parce que le tour à pied date d'un peu après (peut-être fin XVe ?). Tout ce qui est XIIe, XIIIe, jusqu'à XIVe, c'était tourné au tour bâton. Chez moi, j'utilise le tour à pied, je n'ai pas de tour électrique. Je n'utilise le tour bâton qu'en exposition.
     
    Pour maîtriser la technique du tour bâton, ce ne doit pas être évident ?
     
    C'est un tour archaïque. Il fonctionne, on fait des poteries dessus, mais il faut savoir tourner avant.

     

    Bruno Voituret, tupinier * historique

     

    Comment faites-vous pour retrouver les formes etc ?
     
    Déjà, j'essaye de faire du bourguignon, mais les archéologues bourguignons ne travaillent pas beaucoup sur la céramique, à part Michel Maerten, bien sûr. Donc, je vais dans les musées, je regarde les catalogues, je regarde Internet (ça ne me sert pas beaucoup !). Les publications, aussi. Je fais des modèles de Parthenay, de Sèvres. Dans l'Oise, parce que là, il y a eu un gros boulot archéologique de fait. Dans la région du Doubs, ils ont aussi bien bossé. Pour la Bourgogne, je ne fais que du Sevrey, vers Chalon – il y avait un gros centre archéologique et il y a eu une belle étude, mais c'est la seule...
     
    Les pots noirs que vous présentez sont très particuliers.
     
    C'est l'enfumage. Ce sont des poteries faites comme à l'époque. Cette technique permet déjà, d'un côté, d'étanchéifier la poterie, parce que ce n'était pas cuit à haute température, alors c'était toujours poreux. Le fait d'enfumer, de finir la cuisson avec beaucoup de carbone, beaucoup de fumée, et de tout fermer ensuite, ça permettait de l'étanchéifier un peu. Et cela donnait une couleur un peu métallique qui devait leur plaire. parce que dans la région, enfin, dans le Mâconnais, ils aimaient bien cet enfumage-là : l'oxydation (donc des couleurs rouges, ou blanches, ou couleur "terre normale") était revenue à la mode, au 1er siècle après J.C., à Chalon comme à Lyon, mais à Mâcon on continuait à pratiquer la réduction (l'enfumage).

     

    Bruno Voituret, tupinier * historique

     

    C'est vrai que c'est très joli !
     
    Quand on met du liquide, ça transpire, donc ça reste frais, et le noir s'accentue. J'ai un pot où je fais cuire mon lard etc, et il devient noir brillant, comme du métal, c'est beau !
     
    Bruno Voituret n'a ni site internet, ni boutique. Mais vous le rencontrerez lors de fêtes médiévales, si vous n'avez pas eu la chance de le voir dimanche dernier à la Tour. Il y a quelques jours, il était à Saint-Haon-le-Châtel pour faire une démonstration de tour à bâton : l'axe est posé sur la pointe, et au lieu de tourner avec le pied, on tourne avec un bâton. C'est vraiment le tour archaïque, le premier tour, qui existait depuis l'antiquité jusqu'à l'époque médiévale.
     
    Son prochain rendez-vous : la fête médiévale à Pont-de-Vaux, les 24 et 25 août prochains. Il y fera une démonstration de tour à bâton et d'allumage du feu à la manière médiévale, au briquet à silex.
     
    Notez que M. Voituret réalise aussi des poteries sur commande.
     
    * tupinier = potier. Ce terme vient du mot masculin tupin : (1318, chartre ; origine obscure) vase, pot en terre ou en fer. Dictionnaire de l'ancien français, Larousse


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  • Il ne vous reste plus que trois jours pour visiter la Tour du Bost cet été, et admirer les diverses expositions accueillies sur place : aujourd'hui dimanche 11 août, jeudi 15 et dimanche 18 (de 15 à 19h). C'est l'occasion de vous plonger dans le passé de la région, la restauration de ce Monument Historique respectant au plus près les techniques de l'époque (il suffit de parcourir nos divers articles sur les travaux pour s'en rendre compte) - et la visite guidée vous donne tous les éléments pour comprendre les lieux et leur importance.

     

    Un passé toujours plus lointain

     

    Parmi les exposants de cette année, Bruno Voituret, de Bissy-la-Mâconnaise, vous permettra également de saisir l'évolution des techniques (et des modes) de la poterie, au fil du Moyen-Âge (une période de près de mille ans).
     
    En vous penchant sur les vitrines, vous pourrez aussi constater que l'histoire du secteur n'a pas commencé au Moyen-Âge, mais bien avant : fragments d'hypocauste, d'amphores et de poteries plus fines attestent de la présence, non loin, de villas gallo-romaines, importantes et cossues. Rien d'étonnant à cela, direz-vous : nous ne sommes pas loin du site d'Uchon et les villas se trouvent en quantité dans la région. "L'importance militaire et religieuse du site d'Uchon pour les Gaulois et la présence d'une voie romaine dont le parcours se suit aisément depuis Burat jusqu'à la Tour, expliquent ce peuplement intense", précise Robert Chevrot, président de La Tour du Bost. "Les toponymes de Charmoy la Ville, le Pré de la Velle, et les découvertes récentes témoignent de l'existence de plusieurs villae gallo-romaines, vastes domaines qui regroupaient des ateliers d'artisans et des logements modestes pour les esclaves et les ouvriers."

     

    Un passé toujours plus lointain

     

    Pourtant, des questions se posent. Autrefois, dans un champ situé le long de la route allant de Charmoy-la-Ville à Montcenis, on avait retiré de nombreuses pierres et tuiles romaines. Cette parcelle, en pré depuis de nombreuses années, fut labourée à l'automne 2010 : l'opération a fait remonter en surface de multiples éléments, dont des monnaies romaines et des objets en bronze. Or, ces monnaies viennent bousculer la chronologie habituellement admise pour les villas, en général datée des environs de 300 après J-C. On y trouve notamment un As (dupondius) de Nîmes, émis en 27 avant J-C pour commémorer la victoire d'Actium (31 av. J-C). L'autre monnaie date, elle aussi, de bien avant l'an 300, puisqu'elle fut émise sous Antonin le Pieux (138-161), en 140.
     
    "Ce qui nous interpelle, c'est que tous ces éléments sont très précoces : 27 avant J-C, ce n'est que 30 ans après la conquête ! Les pièces retrouvées dans le secteur ne nous renvoient pas à des empereurs décadents, mais à des périodes bien plus anciennes : si l'on en reste à la présence plus tardive de villas, il est hautement improbable de trouver de telles monnaies. Ne serions-nous pas plutôt devant un système où les Romains auraient facilité l'installation de chefs gaulois d'Uchon, dans des terres fertiles, pour les intégrer à la vie romaine ?"
     
    Notons que parmi les trouvailles de l'hiver 2010-2011 se trouve une petite statue de bronze représentant un gladiateur (un mirmillon, plus précisément). Une petite merveille de précision parvenue jusqu'à nous - par combien de hasards et de détours ?


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