• Nous vous avions déjà parlé des ces ouvertures : la fenêtre et la porte de la façade est, au niveau IV (2e étage). Il y a peu encore, elles étaient murées. La fenêtre gardait un malheureux barreau tout mangé de rouille et noyé dans la maçonnerie. La porte, qui ouvrait autrefois sur un bâtiment accolé à cet endroit, n'avait plus aucune utilité une fois qu'il fut détruit. Ces jours-ci, cet ancien accès a retrouvé un peu de son aspect d'antan - sauf que la porte ouvre sur le vide et la campagne environnante (des mesures de sécurité ont bien sûr été prises depuis la photo !). 

    Fenêtre avec vue

    La fenêtre, grâce au travail du chantier d'insertion et de Gauthier Jacquelin, a retrouvé ses quatre barreaux comme à l'origine ( Coup d’œil - sur la face Est ). Le sol de tomettes a fait sa réapparition et l'ancien enduit est encore présent sur une belle partie de la voûte. Bien sûr, il reste (entre autres) de sérieux travaux de consolidation à faire sur le haut de la porte !
     
    L'endroit a subi de profondes transformations. A l'origine, la seule ouverture était une fenêtre à meneaux, avec ses deux coussièges habituels : celui de gauche a disparu dans les modifications. On voit encore une partie des meneaux dans le mur, témoins du remaniement effectué à l'époque : 

    Fenêtre avec vue

    A gauche, la fenêtre d'origine - à droite, le même endroit après modifications.

     

    La Tour du Bost n'est-elle pas un grand puzzle ?


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  • Une histoire de poutre (7) : Un élan collectif

    La poutre, le nez posé sur un chariot poussé par la huitaine de personnes qui œuvrent au niveau du plancher, dans la tour, avance lentement mais sûrement vers sa destination. Dehors, c'est presque fini : la grue fait un dernier aller-retour, l'élingue glisse et libère la poutre, les deux personnes qui la guidaient du haut de l'échafaudage quittent les lieux. Un petit bout de chêne dépasse encore des murs de la tour, posé sur le rebord de la fenêtre. 

    Une histoire de poutre (7) : Un élan collectifOn ne le sait pas encore, mais la poutre ne va plus bouger jusqu'au lendemain : à l'intérieur, on se heurte à un problème inattendu de palan bloqué, qui empêche la manœuvre prévue. C'est contrarié que chacun ira se coucher le soir. Mais le lendemain, avec un équipement nouveau ainsi qu'un cric forestier (à manivelle) prêté par l'entreprise Brenot, un corps reposé et une énergie renouvelée, c'est une autre histoire ! La poutre va gentiment se positionner, d'abord dans le trou du mur opposé à la fenêtre, élargi pour la recevoir aisément, puis dans le deuxième, côté sud. Pas question d'agrandir ce dernier, de peur d'affaiblir la cheminée, située juste au-dessus : Sylvain Desbois va légèrement découper le bout de la poutre pour qu'elle s'adapte exactement à l'espace laissé par la poutre d'origine, calcinée dans l'incendie de 1920...

    Une histoire de poutre (7) : Un élan collectif

     

    Une fois la poutre en place, il ne restera "plus" qu'à positionner les aisseliers : une autre partie de plaisir ! Heureusement, nous disposons de tréteaux qui accompagnent la montée de chaque pièce. Il reste un peu de travail pour le Une histoire de poutre (7) : Un élan collectiflendemain : finir la mise en place du deuxième aisselier.

     

     

    Finalement, la poutre et les deux aisseliers auront été montés en deux jours et demi, les opérations commençant le lundi matin et se terminant le mercredi midi. Les quelques imprévus auront été surmontés avec brio (si si, on peut le dire !) et quelques adaptations au plan initial apportées (avec brio aussi). Dans ce genre de chantier, il est important de bien évaluer le nombre de personnes nécessaires (ce qui fut le cas) : trop nombreux, on risque l'accident en se bousculant ; trop peu, on le risque également, en se démenant et en courant partout ! L'opération fut conduite avec beaucoup d'efficacité, chacun à son poste.

    Une histoire de poutre (7) : Un élan collectif

    Le deuxième étage avec la poutre en place, vu du sommet


    Une autre chose est certaine : si ce chantier fut finalement mené à bien, c'est grâce à un véritable élan collectif. Chacun a apporté ce qu'il pouvait, en fonction de ses moyens et de ses compétences : idées, stratégie, matériel, manutention... - voire soutien moral ! La cogitation fut surtout le domaine de MM. Morin, avec Robert Chevrot et Pierre Dubreuil (tous membres de l'association), de l'entreprise Allayrat et des charpentiers, MM. Desbois. Une fois la marche à suivre adoptée, il restait tous les problèmes physiques et théoriques, auxquels MM. Morin se sont attelés (calculs des angles, des dimensions, des forces...). De leur côté, toujours en amont, les membres du chantier d'insertion, supervisés par Christophe Michalak, ont réalisé une maquette au 1/10e pour modéliser les mouvements de la poutre. Et ce sont eux qui ont assuré la délicate manutention, lors de sa pose. L'entreprise Dufraigne, à Autun, a prêté un précieux matériel, comme MM. Brenot, et des voisins et des membres de l'association en ont fait autant avec câbles, cordes, palans, chaînes...
     
    Mais cette opération réussie n'était que le début d'un nouveau chantier : celui du plancher, dont nous parlerons d'ici peu !
     
    Vous ne vous souvenez plus du début ?
    Une histoire de poutre (1) : Casse-tête chinois
    Une histoire de poutre (2) : petit retour en 2006
    Une histoire de poutre (3) : le chêne providentiel 
    Une histoire de poutre (4) : Tous sur le pont !
    Une histoire de poutre (5) : Attention, la voilà !
    Une histoire de poutre (6) : un travail de longue haleine
     
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  • Jacky et Sylvain Desbois sont charpentiers-menuisiers à Charmoy : ils sont associés depuis 2005. Leur entreprise artisanale est familiale, avec deux salariés : ils sont la cinquième génération à travailler le bois, toujours dans cette commune. Leur arrière-grand-père, leur grand-père et leur père étaient charrons (fabrication de roues de char et de remorques en bois pour l'agriculture). Leur père a laissé le charronnage, avec l'avènement de l'automobile et les révolutions mécaniques agricoles, pour se reconvertir dans la menuiserie-charpente, après avoir fait une incursion en carrosserie "bois" automobile. Avant de s'associer, les deux frères travaillaient déjà ensemble : Sylvain avait d'abord repris l'entreprise de leur père en 94, Jacky y étant salarié. Ils ont choisi de s'équiper ces temps-ci d'un matériel assez innovant, pour fabriquer des portes et des fenêtres répondant aux nouvelles normes d'isolation (épaisseur du vitrage et du bois) - cela représente 25 à 40 % de leur activité, suivant les années.

    Une histoire de poutre (6) : Un travail de longue haleine

    Ce sont eux qui se sont chargés de préparer la poutre du deuxième étage et ses aisseliers. Ils ont également été très présents pendant la pose, Sylvain en haut de l'échafaudage extérieur, faisant l'interface entre le grutier et le reste de l'équipe, Jacky à l'intérieur avec les membres du chantier d'insertion et de l'association.

    Une histoire de poutre (6) : Un travail de longue haleineJacky : La pose de cette poutre a été pour nous très enrichissante : c'était la première fois que nous mettions en œuvre un ouvrage aussi gros, aussi imposant, aussi massif ! C'est moi qui ai fait la part de fabrication à l'atelier, ça a été une expérience unique : réaliser des assemblages aussi importants, ça se fait rarement, voire jamais... Il faut réfléchir. On commence par tourner autour des pièces de bois, puis on se met à l’œuvre, on ébauche, on fait une approche... et on y va !

    Une histoire de poutre (6) : Un travail de longue haleineSylvain : Nous avons fait toute la taille de la poutre en atelier, ainsi que la préparation des aisseliers. C'est à partir des plans de M. Didier, Architecte en Chef des Monuments Historiques, que nous avons travaillé. Nous avons fait un chantournement en bas des aisseliers, sur la face inférieure, pour créer la partie arrondie, avec des chanfreins (petits plats évitant d'avoir une arête vive). Il s'agit d'un travail que nous avons l'habitude de faire, même si ce n'est pas avec des pièces aussi grosses : un système de doubles tenons-mortaises avec un chevillage à tires (chevilles en bois).
     
    Jacky : Il y avait des difficultés de manutention, vu la taille des pièces. L'autre problème, c'est qu'on ne trouve aucun outillage, aujourd'hui, capable de réaliser de telles ébauches ! Il faut donc tout faire à la main, ce qui a impliqué du tracé, des épures et un temps de main d'oeuvre assez conséquent : j'y ai passé au moins dix jours, plus des aides ponctuelles du personnel. C'était un travail de longue haleine !
     
    Vous avez aussi participé à la réflexion autour de "comment faire passer la poutre" ?
     
    Sylvain : Oui, et nous avons ensuite participé à toute la partie levage et mise en place. Nous avons aussi fourni des sangles de levage, des crics, des étais - enfin, une partie du matériel nécessaire.

    Une histoire de poutre (6) : Un travail de longue haleineJacky : L'architecte a dû faire des plans, les membres de l'association "La Tour du Bost" nous ont présenté leur façon de voir les choses, ainsi que l'objectif à atteindre. Nous leur avons donné les moyens que nous avions pour la mise en œuvre ; bref, nous nous sommes concertés. Il y avait une part de risque, comme dans tout chantier de ce type. L'objectif premier était, surtout, de ne pas avoir d'accident. Ensuite, pour la pose de la poutre,  on sait où on veut arriver mais ce n'est pas mathématique, il faut trouver les moyens d'y parvenir.
     
    J'imagine que vous étiez vraiment dans le feu de l'action, mais vu de l'extérieur, lorsque la poutre est arrivée, c'était vraiment impressionnant !
     
    Sylvain : Oui, c'est vrai. Nous avions quand même bien préparé la pose, il y avait eu une grosse réflexion en amont. À aucun moment, je n'ai été surpris par la tournure des événements. Si Tremplin était un peu juste en matériel, tout le reste s'est déroulé normalement. L'équipe de ce chantier-là est pleine de bons éléments.
     
    Actuellement, l'entreprise Desbois travaille sur la charpente de la chapelle du Château de Couches : elle y intervient sur des pièces de bois qui datent des XI-XIIes siècles.
     
    Les précédents épisodes ?
    Une histoire de poutre (1) : Casse-tête chinois
    Une histoire de poutre (2) : petit retour en 2006
    Une histoire de poutre (3) : le chêne providentiel
    Une histoire de poutre (4) : Tous sur le pont !
    Une histoire de poutre (5) : Attention, la voilà !
    La suite ?
    Une histoire de poutre (7) : un élan collectif
     
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  • Une histoire de poutre ( 5) : Attention, la voilà !

    Nous l'avions laissée en plan la dernière fois, juste avant son déchargement : attrapée par la grue, la poutre est déposée doucement au sol, à plus de 13m50 sous la fenêtre dans laquelle elle doit se glisser. Elle est à l'envers : en deux manipulations, la grue la retourne. Il reste à bien positionner l'élingue pour maintenir la poutre à un angle de 10° : les marques apposées sur le bois, après mesures diverses, permettent de s'y retrouver. 

    Une histoire de poutre ( 5) : Attention, la voilà !Il y a une vraie émotion - accompagnée d'un grand silence ! - quand la poutre finalement s'élève à son tour dans les airs : toutes les angoisses ressurgissent d'un coup dans la tête des spectateurs, les acteurs étant trop concentrés sur leur tâche pour s'y arrêter. Dans la salle du 2e étage, on s'affaire encore à accrocher les deux aisseliers ensemble, pour faire contrepoids. Si les deux hommes à l'extérieur surveillent la manœuvre de la grue, ceux à l'intérieur sont encore inconscients de l'approche de la poutre. Et peu à peu, la voilà qui éclipse le jour qui passe par l'ouverture, la pénombre gagne la salle. Quelqu'un lance : "Attention, la voilà !"

    Une histoire de poutre ( 5) : Attention, la voilà !À l'intérieur de la fenêtre, on se prépare à réceptionner ce gros morceau : il faut absolument qu'il coulisse bien droit (grâce à des rondins de bois) sur l'un des coussièges - à la moindre torsion, la poutre pourrait arracher ce qui reste des linteaux de la fenêtre ! Elle arrive bien, même plus vite que ce que l'on attendait, emportée par son inertie : un moment, il faut s'arc-bouter contre elle pour la maintenir dans son axe... Et puis elle prend son rythme et commence à "rouler" doucement sur la pierre, guidée de l'intérieur par une longue sangle. Jérôme, en poste dans la fenêtre, a trouvé une astuce très efficace pour l'arrêter dans son élan : avec un simple petit bout de bois, il vient bloquer l'un des rondins !

    Une histoire de poutre ( 5) : Attention, la voilà !

    Une fois qu'elle a bien progressé, on lui accroche au bout du nez une deuxième sangle, avec les aisseliers à l'autre bout. C'est que la grue doit la lâcher, le temps de faire coulisser l'élingue, avant de pouvoir continuer à la faire progresser. Comme plus de la moitié de la poutre est encore hors de la tour, il faut compenser son poids pour éviter qu'elle ne bascule en arrière... A peine est-elle relâchée que voilà la charge qui décolle ! C'est la ruée réflexe : le poids de presque toute l'équipe au sol s'ajoute à celui des aisseliers, le temps de la manœuvre..."Du chêne très sec peut avoir une densité de 0,6", explique Bernard Morin, "c'est-à-dire qu'il flotte ; avec du chêne "vert", on atteint 0,90; avec du cœur de chêne de soixante ans d'âge, 1,1... La densité du chêne peut donc doubler !" Le poids de la poutre se situe bien dans les tranches les plus hautes des estimations faites par les uns et les autres : il faut s'adapter !

    Une histoire de poutre ( 5) : Attention, la voilà !

     

     

    Puis on vient poser le nez de la poutre sur un chariot et c'est ainsi, accompagnée de l'intérieur par les gars au sol et ceux dans la fenêtre, de l'extérieur par les deux qui font peu à peu glisser l'élingue sur la poutre, qu'elle progresse vers le mur opposé. La grue accompagne le mouvement en douceur en allant et venant devant le mur extérieur.
     

     

     


    En bas, dehors, les curieux fixent les opérations, insoucieux du torticolis qui menace... Le plus dur semble passé.
     
    La suite au prochain épisode...
     
    Pour retrouver les chapitres précédents :
    Une histoire de poutre (1) : Casse-tête chinois
    Une histoire de poutre (2) : petit retour en 2006 
    Une histoire de poutre (3) : le chêne providentiel
    Une histoire de poutre (4) : Tous sur le pont ! 
    La suite :
    Une histoire de poutre (6) : un travail de longue haleine
    Une histoire de poutre (7) : un élan collectif
    Pour avoir plus d'images, c'est ici.

     

     


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