• Béatrice Hadjopoulos : se fondre dans la nature

    Béatrice Hadjopoulos : se fondre dans la nature

     

     

     

    Plongeon dans un monde où l'Homme se retrouve en accord avec la nature, avec des tableaux jouant sur la transparence, le mouvement comme la quiétude... Béatrice Hadjopoulos, qui a exposé cet été dans la Tour du Bost, nous raconte, au milieu de ses œuvres accrochées dans la salle du premier étage (le niveau 3), son cheminement d'artiste - et ses liens avec le monument.
     
     

     

     

     


    Quels sont vos sujets d'inspiration ?

    L'Homme, la nature. Je suis toujours, et depuis le début, à travers différentes phases, dans cette démarche. Mon envie profonde, c'est que l'Homme retrouve ses racines avec la nature, parce qu'il fait partie intégrante de la nature. Nous sommes dans la nature. Et malheureusement, aujourd'hui, on l'oublie, on l'abîme, on la néglige. J'ai ce besoin de transplanter l'homme et de lui faire redécouvrir la nature. Mes tableaux, je les rêve souvent – ils m'arrivent souvent la nuit, quand je dors, puis je me mets au travail, dans le prolongement. C'est comme ça que ça marche, je ne prépare pas de plan, je ne dessine pas, ça part d'un trait.

    Les formats sont toujours les mêmes ?

    Non, je change, et de support, et de format, en fonction des séries. Là, c'est une série que j'avais envie de faire, sur bois (du contre-plaqué), et de même format, parce que j'avais envie d'une certaine harmonie. En ce moment, je suis sur une nouvelle série, en toile de lin, avec des formats différents. Ça change, je ne suis pas fixée... Mais j'aime beaucoup travailler sur le bois parce que c'est dur, c'est très dur ; quand le pinceau accroche le bois, il se heurte à cette dureté, et on n'a pas du tout les mêmes résultats que sur une toile, qui est souple. Donc on ne travaille pas de la même façon. J'ai des périodes bois, et quand j'en ai assez, je reprends la toile, etc.

    J'ai commencé avec des pastels-craies, faites avec des pigments naturels. C'est un bâton, alors on peut commencer à dessiner comme avec une craie, mais très vite ça se casse ; après il y a plein de petits outils, des sortes de tampons en papier, pour faire des estompes, on peut travailler avec des cotons-tiges, avec des tas de choses ! Cette poudre agglomérée est très volatile. On travaille en surimpression, on commence par le fond et ensuite, on remonte vers l'essentiel, le détail... On ne peut pas travailler en contours, enfin, c'est plus difficile. L'avantage du pastel-craie, comme c'est très, très volatile, c'est qu'on le travaille avec les mains. On peut faire des fondus extraordinaires, ça ne se travaille pas du tout avec de l'eau. Une fois le travail terminé, on fixe, avec un vernis en bombe, mais ça reste fragile, il faut le mettre sous verre.

    Travailler vite - et dans la liberté

    Et qu'est-ce qui a fait que vous avez, finalement, préféré basculer vers la technique de l'acrylique et laisser tomber celle du pastel-craie, qui a l'air de vous tenir beaucoup à cœur ?

    Je ne l'ai pas laissé tomber. En fait, j'ai travaillé dix ans le pastel, et j'ai "maîtrisé", et à un moment donné, j'ai eu le besoin d'aller chercher une autre matière. J'ai donc commencé avec l'huile : j'ai acheté mes pigments et mes liants, je faisais mes peintures moi-même. Mais, en commençant mes tableaux à l'huile, je me suis rendue compte que c'était très long à sécher... Quand j'ai un tableau en tête, j'ai besoin de le réaliser. Je ne peux pas attendre : ce n'est pas dans mon tempérament, d'attendre deux ou trois mois que la première couche sèche pour pouvoir attaquer la deuxième – je n'ai pas cette démarche. Avec l'acrylique, qui sèche en dix minutes, je peux retravailler beaucoup plus vite. Je me suis donc adaptée ! J'ai fait des recherches, j'ai travaillé pour arriver à peindre avec de l'acrylique à la manière de l'huile. C'est à dire avec des médiums qui permettent d'avoir des glacis, des transparents, qui donnent cette impression d'huile. On peut faire également des couleurs extraordinaires. Maintenant, de plus en plus de peintres utilisent l'acrylique, parce qu'ils se sont rendus compte qu'on a fait beaucoup de progrès... Peut-être qu'un jour, quand je vais saturer, c'est-à-dire que j'aurai "maîtrisé", je vais passer à autre chose ; mais pour le moment, j'en suis là.

    Cette recherche autour des glacis et de la peinture acrylique, vous l'avez faite toute seule, de votre côté, ou dans un atelier ?

    J'ai toujours évité, depuis le début, de faire des ateliers, des écoles, parce que j'avais vraiment envie d'y arriver librement. Je suis quelqu'un qui aime bien apprendre de A à Z, par moi-même. Alors, je me suis documentée, j'ai parlé avec d'autres peintres, mais je n'avais pas envie de me retrouver dans un cours où on me dit : "il ne faut pas faire comme ça, il faut faire comme ça". Je voulais vraiment avoir une totale liberté. J'ai certainement mis beaucoup plus de temps que quelqu'un qui va prendre des cours, mais ce n'est pas grave !

    Vous avez dû remarquer que j'incorpore souvent des collages dans mes toiles. J'ai utilisé à une époque des bandes plâtrées, du papier de soie... J'aime bien aussi mélanger des matières, car c'est très facile, justement, de les inclure, avec les médiums...

    Vous exposez régulièrement ?

    Oui. J'essaye de faire deux ou trois expositions par an, dans la région. Pendant une dizaine d'années, au début, c'était moi qui démarchais pour trouver des lieux, et maintenant, comme je suis un peu reconnue, ce sont les gens qui me proposent des endroits. Cela se passe tout naturellement.

    La Tour : une expérience dure mais enrichissante

    Vous connaissiez la tour, je crois ?

    J'y ai travaillé quelques années, deux ans je crois. Avant j'avais travaillé à Bibracte, dans la restauration, et puis ensuite j'ai été embauchée par Tremplin Homme et Patrimoine comme assistante pédagogique. J'ai donc pu suivre toute la restauration du premier étage.

    C'est celui où vous exposez cette année.

    Oui, et c'est émouvant, parce que je retrouve même les petits endroits où j'ai mis la main à la pâte ! C'est très bon, c'est très agréable. Les moments où Gérôme taillait la pierre, les moments où on a monté la cheminée, c'était extraordinaire : on se demandait comment ces trois cailloux pourraient tenir ensemble... Des moments très durs aussi, parce qu'il faisait très froid l'hiver, et très durs aussi parce que c'est un boulot dur pour une femme. Je ne me contentais pas de regarder les autres travailler, j'ai soulevé des cailloux, j'ai fait de la maçonnerie, j'ai appris – ce qui m'a permis après de faire des escaliers chez moi, c'est toujours utile ! C'était une très belle expérience, mais dure, très fatigante.

    Où avez-vous laissé votre "pâte", par exemple ?

    C'est des petits bouts d'enduit. J'adorais rejointoyer entre les pierres, j'ai beaucoup travaillé sur les voûtes dans la cave, sur des échafaudages, pliée en quatre... J'ai même participé au travail sur les solives : on était dehors dans la cour et il fallait les planer, avec un couteau à deux manches. C'est un coup de main à prendre. J'ai appris à faire du mortier à la chaux, j'ai appris à poser les tommettes, tout ça c'était vraiment très enrichissant...

    Café associatif à Luzy

    Vous avez un métier, à côté des peintures ?

    Actuellement, je suis animatrice d'un café associatif, "Le Morwan". Nous avons monté une association, "L'Ouverture", à Luzy, dans la Nièvre, dans l'idée de réunir un peu les gens parce que trop souvent, les gens sont seuls, font des choses en solitaires. L'idée est de créer un lieu où on puisse réunir les gens pour jouer, ne serait-ce que pour faire un jeu de société, ou pour échanger des services, ou pour faire du covoiturage, organiser des ateliers, des soirées... On était une dizaine à avoir cette envie. On a eu du mal à monter cette association, c'était complexe. Pour le nom du café, nous avons enlevé le "v" de Morvan pour le remplacer par un "w", pour moderniser un peu le Morvan (rires) !

    Pour lui donner un côté gaélique ?

    Oui, en plus - après tout il y a eu des Celtes, ici ! Donc, retrouver les traditions tout en étant un peu modernes...

    Vous êtes de Luzy ?

    Pas du tout, je suis née à Paris et j'y ai vécu jusqu'au jour j'ai pris mes trois enfants sous les bras, j'ai fait mes valises pour Larochemillay puis Luzy. J'avais envie de vivre dans la nature, elle me manquait terriblement. Et je ne le regrette pas une seconde ! J'ai d'abord travaillé dans la restauration, que j'ai quittée pour chercher un autre travail, et je suis tombée sur ce chantier d'insertion à Bibracte. Et de fil en aiguille, au bout de deux, cela m'a amenée ici. J'ai changé plusieurs fois de métier, donc ce n'était pas gênant ; je suis assez bohème de ce côté-là, et chaque métier m'a appris quelque chose...

    Avez-vous des souvenirs de la première fois que vous avez vu la tour ?

    C'était terrible. Terrible ! Ça sentait très mauvais, il y avait des fientes de pigeons, on sentait que c'était à l'abandon. Quand j'ai vu l'ampleur des travaux - c'était au début et il n'y avait rien de tout ça (elle montre la pièce autour d'elle) - je me suis dit : "Mon dieu, est-ce que ça va être réalisable ?" À l'époque, on voyait depuis le bas, au-dessus des voûtes, jusqu'au sommet, il n'y avait rien. Le plus extraordinaire, c'était de voir des personnes jeunes et moins jeunes, qui ne connaissaient pas du tout les travaux du bâtiment, faire des choses pareilles ! C'est quelque chose d'étonnant ! Il y avait la foi, il y avait l'enthousiasme, il y avait l'envie de participer à un projet qui laisserait des traces, parce que chacun a laissé ses traces – c'était quelque chose de très fort. Et puis, avec cette équipe... Ce qui m'a le plus émue, c'était de voir des gens qui avaient perdu le rythme de la vie, qui étaient au chômage, en difficulté, se remettre, se passionner pour quelque chose - c'était vraiment bien. J'ai eu une très belle expérience.

    Vous pouvez retrouver Béatrice Hadjopoulos sur son site internet, et les expositions estivales de la Tour du Bost en photos et en articles.

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